Mes premiers amours avec la Nature furent sans contredit possible grâce à mes deux grands-mamans qui habitaient la campagne. Dès l’âge de 4 ans, Mamie Rita m’initia aux plaisirs du plein air et des diverses activités saisonnières. Lorsque le printemps arrivait, nous allions au chalet de ses frères, en Mauricie, pour récolter la sève d’érable et ainsi la transformer en toutes sortes de petites merveilles sucrées. Mais les plus fabuleux souvenirs que j’en garde, c’est cet éveil des sens, l’éveil de l’imaginaire, la conscience de l’infini et du mystérieux, de l’immensité et de la beauté qui règnent dans la Nature. Les enfants, ces jeunes esprits vierges et purs possèdent ce sens de l’émerveillement et ils peuvent percevoir ce qui est invisible pour les yeux des grandes personnes qui ont malheureusement perdu leur cœur d’enfant et qui ne peuvent plus ressentir avec autant d’intensité. Quel dommage !

Je me rappelle les ballades nocturnes à chevaux, bien blottie dans une couverture où seulement le bout de mon nez dépassait. Le silence de la forêt fracassait mes oreilles de petite fille de la ville. On entendait seulement le sifflement du vent à travers les branches, le hululement des chouettes et les pas des chevaux foulant la neige folle. Durant les excursions en raquette, mamie Rita me pointait les champignons en me disant qu’ils servaient de maison aux lutins et aux esprits de la forêt. Les gouttelettes d’eau tombées des conifères et faisant des traces dans la neige comme des petits chemins, eh bien, c’était leurs pas… La magie et le merveilleux habitaient la forêt de Saint-Justin. 

Un peu plus tard,  vers l’âge de 7 ou 8 ans, j’eus aussi la chance de rencontrer un petit garçon qui habitait non loin du chalet. Un vrai petit coureur des bois. Il passait le plus clair de son temps à parcourir la forêt, buvant à même le ruisseau, se nourrissant de ce qui l’entourait, capturant des grenouilles qu’il faisait rôtir sur un petit feu improvisé et pansant ses blessures à l’aide des plantes qu’il trouvait dans les bois. J’admirais ses connaissances sur la vie en Nature, sa débrouillardise, son courage, sa simplicité et il fut pour moi, sans doute, une source d’inspiration bien que je n’ai jamais osé partager son menu !

Durant toutes les vacances d’été, je me faisais garder par ma mamie Rita qui habitait à la campagne. Malgré le fait que j’étais séparée de mes amies et de tout contact avec des enfants de mon âge, je ne me suis jamais sentie seule. Mes compagnons étaient mes livres, mes crayons, du papier et la Nature. Je passais mes journées à parcourir les champs et à scruter tous les coins de la forêt. Les fossés regorgeaient de magnifiques fleurs des champs et chaque été, je me créais un herbier. J’assemblais des feuilles lignées avec un bout de ficelle et j’y collais les spécimens que j’avais ramassés durant mes excursions et pressés dans mes livres. Bien sûr, cet herbier ne comprenait pas de description botanique comme celui que j’ai eu à réaliser dans le cadre du cours de botanique que j’ai suivi… je ne connaissais même pas leur nom ! J’avais, par contre un plaisir fou à observer les plantes de plus près. La chicorée sauvage était l’une de mes préférées et je savais que vers midi ses jolies fleurs bleues se refermaient. Si je voulais la mettre en bouquet, je devais prendre toute la tige car ses fleurs y étaient directement attachées. Avec mes petites mains, il m’était difficile de la cueillir tant la tige était coriace et rigide. Maintenant, après avoir suivi le cours de botanique, je peux mettre enfin des mots précis sur mes observations et aujourd’hui, je connais bien les noms de mes compagnes d’autrefois. 

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Souvent, je récoltais des plantes pour me préparer des potions et des tisanes… Que je buvais, oui, et dont j’étais la seule à vouloir déguster d’ailleurs ! Quand ma grand-mère me surprenait, elle me disait : « Tu vas t’empoisonner à force de gouter n’importe     quoi ! ». En fait, j’avais une connaissance intuitive de la médecine avec les plantes. Bien que j’ignorais leurs noms,  je les connaissais, nous avions déjà travaillé ensemble autrefois, probablement dans une autre vie ! Je préparais une infusion de matricaire odorante (à l’époque, je n’avais aucune idée de comment elle se nommait) et je disais : « Goutte Mamie, c’est pareil comme de la tisane de camomille, ça va te détendre ». Maintenant, après études, je peux bel et bien vous confirmer qu’elle est effectivement une camomille (sauvage) et que ses propriétés médicinales sont similaires à celle de la camomille allemande, mais en plus faible. Je la connaissais d’un point de vue purement instinctif, rien d’intellectuel, de rationnel ou de scientifique. C’est une mémoire qui rencontrait une autre mémoire, une correspondance, une résonnance. Le règne végétal suit l’homme depuis des millénaires. L’être humain porte des mémoires que plusieurs personnes ont oubliées à travers le temps. Certaines âmes en ont gardé le souvenir…

Mamie Jacqueline habitait (et habite toujours) une petite maison centenaire nichée au sommet d’une montagne.  Un vaste domaine boisé plein de crevasses et de ravins impressionnants. La vue était magnifique certes, mais il y avait autre chose… là, dans cette immensité régnait le calme, la sérénité et une énergie indescriptible qui faisait vibrer tout mon petit corps d’enfant. Dans mes contemplations, j’avais l’impression de ne faire qu’un avec la forêt, les oiseaux et la Nature. Je rêvais éveillée et plusieurs fois je me rappelle d’avoir souhaité de pouvoir un jour habiter un endroit pareil entouré de montagnes. Mamie Jacqueline cultivait un immense jardin rempli de fleurs et de légumes de toute sorte ; elle y mettait toutes ses énergies et son amour. Elle parvenait à faire ses provisions pour l’hiver en transformant et en mettant en petits pots tout ce qu’elle avait fait pousser dans ce jardin qu’elle aimait tant.  Malgré le fait que j’avais peu souvent l’occasion de la visiter car une longue route nous séparait, je suis persuadée qu’elle a contribué à me transmettre sa passion pour la culture et le règne végétal.

Pour ce qui est de mon amour pour les animaux de toutes races, eh bien, je ne peux, malheureusement, pas voir d’influence parentale car mes parents n’ont jamais partagé cette passion. Ils ne m’ont cependant pas empêché de nourrir tous les chats du voisinage, d’aimer mes perruches et mes poissons, de faire des courses de tortues, de prendre mon bain avec mes canards, d’inviter les écureuils dans la maison et de permettre la reproduction de nombreuses familles de hamsters et de souris, et ce malgré le peu d’attachement qu’ils portaient envers le règne animal. 

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Aujourd’hui, je vis dans un endroit comme celui dont je rêvais dans mon enfance. Une maison en bois, perché sur la montagne et entourée d’arbres, de ravins et bordé par une rivière aux eaux pures. Ma famille actuelle (mon conjoint et mes 3 enfants) vit en communauté avec la multitude d’animaux que nous avons adoptés au fil des années : colombe, canari, perroquet, chien, poissons, poules, pigeon, chevaux… Mes animaux sont pour moi des membres de la famille et je vis avec eux chaque jour des moments privilégiés. Chaque matin, lorsque je regarde dehors, je vois le soleil, les arbres et mes jardins chéris. Lorsque je sors, je me laisse bercer par la mélodie de la nature. J’entends les oiseaux qui m’apportent les nouvelles matinales ; j’écoute la rumeur de la rivière et le vent qui siffle dans les arbres. Rien n’est plus ressourçant que de rester là, les yeux fermés, et de faire partie de cet environnement, ou d’être étendue dans l’herbe et de sentir le contact avec la terre ou bien encore de fouler pieds nus le gazon scintillant de rosée. Chaque matin, je visite mes jardins et mes animaux pour les saluer et je remercie l’univers de me prêter un endroit aussi agréable à vivre. La Nature est tout autour de moi… elle est en moi. Nous sommes indissociables. 

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